Chapitre I
Variation sociolinguistique au sein d’une communauté linguistique ou d’un groupe
1. Fondements de la linguistique structurale
1.1. La linguistique structurale : des locuteurs en détresse.
Le point de départ des études saussuriennes était l'étude de la langue "pour elle-même" et en "elle-même", en insistant dans ce cas, sur son homogénéité et sur les locuteurs idéaux véhiculant la norme légitime. Alors, les structuralistes situent les locuteurs dans un contexte clos en renforçant la dimension sociale de l'individu et de ce fait, ils éliminent toute trace subjective des locuteurs. Dans son optique, De Saussure oppose la langue à la parole c'est-à dire, aux pratiques effectives qui ne sont que des mises en œuvre de la langue pratiquée par les locuteurs. En d'autres termes, ils tracent des frontières entre la linguistique et l'extralinguistique, entre la linguistique interne et la linguistique externe en négligeant l'influence de divers facteurs de type politique, culturel, social, géographique, militaire …etc., sur la langue pourtant ces facteurs ont laissé leurs traces sur l'évolution des langues, la naissance de nouveaux codes ou même l'extinction d'autres depuis longtemps et jusqu'aujourd'hui.
La linguistique structurale qui attribue à la langue son caractère abstrait et symbolique néglige des phénomènes linguistiques pesants issus de l'interaction et qui ont une relation interdépendante avec les pratiques langagières et de ce fait avec les locuteurs eux-mêmes. De Saussure, d'après sa théorie centrée sur la langue "partie sociale " du langage et qui se définit comme un système de signes utilisés selon certaines lois par une même communauté en constituant en quelques sorte un code alors que, la parole toujours individuelle n'est que l'utilisation de ce code, sa réalisation, un ensemble d'énoncés, de combinaison de signes ce qui veut dire que la parole est la matière et non plus l'objet de la linguistique, évoque l'idée de la politique de la langue officielle, la politique de l'unilinguisme où tous les locuteurs sont sensés de pratiquer la même norme, une seule norme légitime ce qui exclut la variation et l'hétérogénéité de la langue qui sont, sans aucun doute, une constitution fondatrice de toute communauté linguistique et où « l'homme n'est pas seulement sujet de la société, il en est aussi l'acteur et le créateur perpétuel (…) symétriquement, le locuteur n'est pas seulement sujet de la langue. Il la produit tout autant qu'il la réalise ou la reproduit, en faisant usage » (LE DU, J., LE BERRE, Y, 1996, p :66) . Le locuteur n'est jamais un simple émetteur mais un sujet parlant actif et dynamique dans la mesure où son rôle ne se limite pas à transmettre un message mais il le dépasse à l'usage qu'il fait de la langue et aux représentations qu'il attribue à cette dernière. Dans la même optique, P. Bourdieu trouve que « la langue saussurienne, ce code à la fois législatif et communicatif qui existe et subsiste en dehors de ses utilisateurs (« sujets-parlants ») et de ses utilisations (« parole »), a en fait toutes les propriétés communément reconnues à la langue officielle » (Bourdieu, 2004, P : 27)
1.2. La linguistique structurale : négligence de terrain
Selon la théorie saussurienne, l'étude se focalise sur la langue code et non pas sur les usages qu'en fait la masse sociale. Et, en séparant la synchronie de la diachronie, De Saussure sépare le changement linguistique des conditions extralinguistiques qui s'inscrivent au sein de la société et dans lesquelles est né et a évolué ce changement. Il limite les recherches linguistiques dans un cadre clos et restreint en refusant leur ouverture sur les autres disciplines qui prennent en charge l'histoire des langues ainsi que celle des locuteurs ; la linguistique structurale malgré qu'elle avoue le caractère social de la langue, elle ne le prend que dans une conception restrictive en s'inspirant des écrits de E. Durkeime, selon lesquels le social est "une masse" homogène et "inerte".
La théorie saussurienne ne saisit la langue qu'au niveau de la collectivité prise dans son ensemble où l'aspect social s'opère sur n'importe quel individu en négligeant les autres et l'aspect individuel ne s'observe que dans le contexte social. Autrement dit, le terrain où la langue est pratiquée par les individus, le terrain entant que lieu de conflit , de pression, de lutte, de différence est complètement négligé et transcendé; la langue saussurienne ne peut être saisie au niveau de l'interaction, au niveau des échanges entre les individus ni au niveau des entités sociales (groupes sociaux ou réseaux sociaux), elle n'est saisie que comme un "tout homogène" en limitant de cette façon sa conception qui a largement progressé au fil du temps après les différentes critiques portées à cette orientation théorique et méthodologique. Les structuralistes, d'après W. Labov
« ne s'occupent nullement de la vie sociale: ils travaillent dans leur bureau avec un ou deux informateurs, ou bien examinent ce qu'ils savent eux-mêmes de langue", ils " s'obstinent à rendre compte des faits linguistiques par d'autres faits linguistiques, et refusent toute explication fondée sur des données extérieurs tirées du comportement social » (Labov, 1976, P : 259).
2. Fondements de la sociolinguistique
2.1. Le terrain, lieu de naissance de la sociolinguistique
Quand on jette le premier regard sur l'ouvrage de L.J.Calvet Pour une écologie des langues du monde, des caractères chinois ornant sa couverture sont la première image qui attire l'attention et reste gravée dans la mémoire. Ces caractères représentent une citation de Mao Tse Tonng qui met l'accent sur le poids du terrain en disant « Qui n'a pas fait d'enquête n'a pas droit à la parole », ceci veut dire que les théories sur les langues ne naissent, n'émergent et ne se constituent qu'à partir d'enquêtes de terrain car les langues, malgré les valeurs et les images qu'on leur attribue , elles sont aussi des pratiques langagières au sein de la société qu'il faut aller écouter, décrire et comprendre dans leur contexte d'utilisation affirme L.J.Calvet.
A l’époque où l’enseignement de Ferdinand de Saussure posait, à Genève, les bases d’une l’linguistique ne prenant en compte que les structures internes de la langue, le français Antoine Meillet (1866-1936) insistait pour sa part sur les rapports entre la langue et la société, influencé dans cette approche par le sociologue Emile Durkheim. Dans son article « comment les mots changent de sens », A. Meillet met l’accent sur le caractère social de la langue.
Selon Meillet,
Le langage est donc éminemment un fait social. En effet, il entre exactement dans la définition qu'a proposée Durkheim ; une langue existe indépendamment de chacun des individus qui la parlent, et, bien qu'elle n'ait aucune réalité en dehors de la somme de ces individus, elle est cependant, de par sa généralité, extérieure à chacun d'eux : ce qui le montre, c'est qu'il ne dépend d'aucun d'eux de la changer et que toute déviation individuelle de l'usage provoque une réaction [...]. Les caractères d'extériorité à l'individu et de coercition par lesquels Durkheim définit le fait social apparaissent donc dans le langage avec la dernière évidence. (1965, p : 230)
Après la publication posthume du cours de linguistique générale, Meillet prend en effet nettement, ses distances par rapport à la pensée du Genevois. Il écrit ainsi dans son compte rendu du livre qu’« en s’éparant le changement linguistique des conditions extérieures dont il dépend, Ferdinand de Saussure le prive de réalité, il le réduit à une à une abstraction qui est nécessairement inexplicable » (1916, p : 166).
En fait, Meillet était en désaccord avec au moins une des dichotomies saussuriennes : celle qui distingue entre la synchronie et la diachronie et avec la première phrase du CLG (« la linguistique a pour unique et véritable objet la langue envisagée en elle-même et pour elle-même »). Selon Meillet cette définition de la langue comme fait social impliquait, sur le plan heuristique, une approche à la fois externe et interne des faits de langue ainsi qu’une approche synchronique et diachronique de ces mêmes faits. Pour Meillet on ne peut rien comprendre aux faits de langue sans faire référence à la diachronie, à l’histoire.
Si Saussure et Meillet utilisent presque la même formule : « la langue est un fait social», ils ne lui donnent pas le même sens. Pour Saussure, la langue est élaborée par la communauté, c’est en cela seulement qu’elle est sociale, alors que, nous l’avons vu, Meillet donne à la notion de fait social un caractère beaucoup plus précis et très durkheimien. Pour lui le caractère spécifique de la linguistique générale c’est son sociologisme. Il insiste à ce que le fait de langue soit expliqué par la vie des hommes dans la société.
Sous les termes « Fait social » et « Social », Meillet considère l’histoire comme le seul terrain sur lequel la linguistique peut devenir une science. Là où Meillet subordonne l’étude des langues en elles- même, à l’étude de leurs conditions sociales existant dans et par les variations et les changements, Saussure se refuse à la fois de considérer la langue comme un instrument social et la société comme une condition externe à la langue.
C’est sur la définition du fait social emprunté à Durkheim, « Du fait social extérieur à l’individu » que s’appuie A. Meillet, pour construire une théorie des causes historiques et sociale des changements des langues. C’est également sur la base d’une révision des postulats de la linguistique saussurienne que Labov (avec d’autres) va définir la perspective de la sociolinguistique.
Alors, c'est à partir du terrain que nous pouvons déceler le vrai statut, le poids, la valeur, le passé, le présent des langues et même prévoir leur avenir car, si les langues se valent linguistiquement, réellement, elles ne sont jamais égales ; elles obéissent toutes à une politique linguistique incarnant leur inégalité.
Alors, le premier devoir du linguiste, c'est de briser les entraves de l'étude de la langue en elle-même et pour elle-même et de s'ouvrir sur d'autres disciplines telles l'ethnologie, la sociologie et la psychologie. Il faut avoir un espace de liberté qui situe la langue dans son contexte réel où la société, le groupe et l'individu sont présents avec leur poids et leurs valeurs.
Ici, le langage doit être pris comme un moyen et non plus une fin, l'accent est mis sur plusieurs interrogations dont le linguiste doit répondre : qui parle ? À qui ? Où ? Quand ? Comment ? Pourquoi ? en d'autres termes, l'intérêt est mis sur les discours vivants lors de leur naissance. Tout ce qui précède montre que les critiques portées au structuralisme exhortent les linguistes à aller sur terrain pour recueillir les données constituant la base de leurs études, c'est cette idée insistant sur la dimension pragmatique du langage qui est développée à partir des années cinquante par les anthropologues avant de l'être par les sociolinguistes.
2.2. La variation linguistique, point du départ de la sociolinguistique
La prise de conscience de la variation linguistique a bouleversé le champ des études de la langue en rejetant le principe « d’homogénéité structurale et d’autonomie des systèmes linguistiques par rapport aux déterminations sociales » (Boyer,1996, P : 36) ; W. Labov qui porte un grand intérêt à la diversité linguistique, propose une nouvelle réflexion en s’appuyant sur une méthodologie d’approche qui « permet de lire avec précision l’incidence des interactions sociales sur la structure de la langue » ( Ibid, p : 36) . Autrement dit, le changement linguistique et les variations qui sont les conséquences d’une évolution sociale seraient parmi les explications données à la relation établie entre les faits linguistiques et les faits sociaux. Dès lors, ce qui détermine la variation dans la langue est extérieur à la langue, l’introduction des facteurs extralinguistiques (classe sociale, sexe, âge, habitat, race,…etc.), pour comprendre la pluralité et les divers phénomènes linguistiques, était le pas qui a enrichi le domaine de la sociolinguistique et a invité à un nouveau regard sur le langage en ouvrant la porte à « un structuralisme de la diversité, de la variation, qui sont des dimensions incontournables de la parole » ( Boyer, 2001,p : 11) . Il s’agit d’un itinéraire qui a repoussé les limites et les frontières des études précédentes en les débordant et en s’ouvrant sur les diverses disciplines : la sociologie, la géographie, la psychologie, la philosophie…etc. Avec le développement éblouissant de ce domaine d’études, plusieurs concepts empruntés à d’autres disciplines ont émergé et ont connu une évolution flagrante, de plus une diversité des méthodes de recherche sont devenues une nécessité.
2.3. Les types de variations
Dans son ouvrage Concepts de base (1997), Marie Louise Moreau distingue quatre types de variations en relation avec les enjeux qui ont contribué et qui contribuent à leur naissance.
2.3.1 La variation géographique (diatopique) :
Il s’agit d’associer un tel locuteur à une telle région géographique et elle est conçue comme un élément de différenciation important dans les études sociolinguistiques. L’accent est mis sur la variation lexicale, grammaticale, phonologique, phonétique mais aussi l’intérêt est accordé aux expressions et aux mots de certaines régions par rapport à la langue dominante considérée comme la langue de référence. M.L. Moreau parle de « régiolecte », ce concept désigne « la diversité des usages à l’intérieur d’une aire linguistique géographiquement circonscrite » (Bavoux, 1997.p : 236) , mais avec l’évolution des études, actuellement, on le conçoit comme « une langue à part entière, comme un système linguistique plus ou moins autonome, selon son degré de légitimité, par rapport à la variété centrale ou standard et non plus comme une liste de mots ou ensemble d’habitudes phonétiques » (Ibid,237) .
2.3.2 La variation sociale (diastratique)
W. Labov, dans ses études sur terrain à New York, à Marthas Vineyard ou encore à Harlem, il a lui fallu pénétrer dans la stratification sociale pour saisir la variation et l’expliquer. Il est question ici de l’appartenance à un milieu socioculturel, si l’on parle de la variation dialectale on parle également de variation sociolectale. Le locuteur choisit l’emploi d’une telle forme plutôt qu’une autre car il prend en considération son statut dans la société, « la variation sociale et stylistique présuppose que l’on peut choisir de dire la même chose de plusieurs façons différentes ». (Labov,1976, p : 366) Sur le même sujet, Bernstein (1975) parle de « code élaboré », un langage correct et formel réservé aux classes supérieures et de « code restreint », un langage public réservé aux classes « inférieures ». La distinction entre les deux codes est repérable dans les différences phoniques.
2.3.3 La variation situationnelle (diaphasique)
Moreau évoque, dans ce cas, l’emploi de différents « registres » ou « styles » influencés par le cadre formel ou moins formel du cadre d’énonciation. C. Baylon trouve que le sujet social est assimilé à un acteur amené dans le cours de la même journée, à remplir des rôles très divers : père de famille, enseignant, joueur de pelote basque, ; son répertoire verbal est le reflet de rôles » (Baylon,1996, p :10) . Alors, il s’agit des circonstances de l’acte de communication qui est un facteur important, dépendant de plusieurs critères : lieu, moments, objectifs communicatifs, statuts, positions des interlocuteurs, etc. Ce sont les diverses situations qui infligent un choix de style de parler au locuteur.
2.3.4 La variation historique (diachronique)
Elle s’intéresse aux états de langue sur l’axe du temps ; à son changement dont les locuteurs sont les auteurs inconscients de cette mouvance. Le locuteur fait son choix d’une norme plutôt qu’une autre, d’un tel usage parmi d’autres, ce choix s’étend à son réseau social, à son groupe puis à toute la communauté, dans ce cas, le changement apparaît.
D’autres variables qui ne manquent pas d’importance ont attiré l’attention de plusieurs sociolinguistes commençant par Labov, il s’agit des variables qui peuvent intervenir pour expliquer les variations linguistiques au sein de la communauté linguistique et nous citons le sexe, l’âge, la profession, la religion, …etc.
2.5. Domaines de la sociolinguistique
Henri Boyer (1991) énonçait le caractère multipolaire de la sociolinguistique. Il expliquait que la discipline appréhende au-delà des diverses approches et tendances qui la constituent actuellement, l’ensemble de l’activité langagière :
La ou les langues corrélée(s) à/aux société(s), les liens entre le/les discours et le/les textes, les rapports complexes entre le sujet (en tant que personne, en tant que sujet parlant) et les pratiques de communication, enfin les réciprocités quasi-dialectiques entre la part discursive des représentations (sociales entre autres) et la part d’efficacité qu’ont les discours représentant le réel (du point de vue du locuteur) à structurer les pratiques socio-langagières. (Bulot, 2011)
Entre territoire (les objets sociaux de la recherche intuitivement reconnus comme problématiques par les membres d’une société) et terrain (où se concrétise l’objet d’enquête), le sociolinguiste répond aux questions adressées à sa discipline par une intelligibilité sociale donnée au(x) phénomène(s) langagiers. (Bulot, 2011).
Dans ces écrits antérieurs à ceux de Henri Boyer, Jean-Baptiste Marcellesi rappelle les propos de Michael Halliday établissant 15 secteurs dans la sociolinguistique : « Aussi comprend-on que Halliday ait pu définir au XIe congrès des linguistes (1972) 15 secteurs dans la sociolinguistique :
1) macrosociologie du langage et démographie linguistique ;
2) diglossie, multilinguisme, multidialectalisme ;
3) planification, développement et standardisation linguistiques ;
4) phénomènes de pidginisation et de créolisation ;
5) dialectologie sociale et description des variétés non standard ;
6) sociolinguistique et éducation ;
7) ethnographie de la parole ;
8) registres et répertoires verbaux, passage d'un code à l'autre ;
9) facteurs sociaux du changement phonologique et grammatical ;
10) langage, socialisation et transmission culturelle ;
11) approches sociolinguistiques du développement linguistique de l'enfant ;
12) théories fonctionnelles du système linguistique ;
13) relativité linguistique ;
14) linguistique ethnométhodologique ;
15) théorie du texte. »
2.6. Les objets d’étude de la sociolinguistique
Les objets d’étude de la sociolinguistique sont variés et incluent :
- Les variations linguistiques (phonétiques, lexicales, syntaxiques) et leurs rapports aux facteurs sociaux.
- Les pratiques langagières en contexte communautaire ou institutionnel, y compris la langue dans les écoles, le travail, ou les interactions familiales.
- Les représentations et attitudes linguistiques, comme les préjugés envers certains accents ou langues.
- Les dynamiques de bilinguisme et de multilinguisme, incluant le code-switching et le choix de langues en fonction des interlocuteurs.
- L’analyse du discours pour comprendre comment le langage construit des significations idéologiques dans les médias, la politique ou d'autres sphères de la société.
- Les politiques linguistiques et leurs impacts sur les groupes linguistiques minoritaires.
La sociolinguistique, par ces concepts et objets d’étude, ouvre ainsi un champ d’analyse où le langage est à la fois un moyen de communication et un reflet des structures, des tensions et des transformations de la société.
2.7. La macro-sociolinguistique / La micro-sociolinguistique
La macro-sociolinguistique est une branche de la sociolinguistique qui étudie les phénomènes linguistiques à une échelle plus large, souvent au niveau de la société dans son ensemble. Elle se concentre sur les relations entre la langue et la société et aux dynamiques sociales qui influencent l'évolution et l'utilisation des langues dans des contextes variés en examinant des questions comme le bilinguisme, le plurilinguisme, la diglossie, les politiques linguistiques, et les attitudes linguistiques.
• Bilinguisme et Plurilinguisme : L'étude de l'utilisation de deux ou plusieurs langues au sein d'une même communauté ou par un même individu.
• Politique Linguistique : Les stratégies et décisions gouvernementales ou institutionnelles visant à réguler l'utilisation des langues.
• Planification Linguistique : Les efforts pour influencer la structure (codification), l'acquisition (éducation) et la diffusion (usage) des langues.
• Diglossie : Situation où deux variétés d'une langue coexistent dans une communauté avec des fonctions sociales distinctes (par exemple, une langue utilisée pour les contextes formels et une autre pour les contextes informels).
• Attitudes Linguistiques : Les perceptions, croyances et réactions des individus et des groupes face à différentes langues ou dialectes.
La micro-sociolinguistique est une branche de la sociolinguistique qui se concentre sur l'étude des interactions linguistiques à petite échelle, souvent au niveau des conversations individuelles ou des petits groupes. Elle est cruciale pour comprendre les nuances des interactions quotidiennes et comment le langage fonctionne dans des contextes sociaux réels.
Analyse de la Conversation : L'étude détaillée des échanges verbaux, y compris les tours de parole, les interruptions, les chevauchements et les silences. Cette analyse aide à comprendre comment les personnes organisent et gèrent leurs interactions verbales.
• Pragmatique : La manière dont les locuteurs utilisent le langage pour accomplir des actions dans des contextes spécifiques, comme poser des questions, donner des ordres, faire des promesses, etc.
• Politesse Linguistique : Les stratégies utilisées par les locuteurs pour montrer de la courtoisie, éviter l'offense et maintenir des relations harmonieuses. Par exemple, les formules de politesse, les atténuations, et les stratégies d'évitement.
• Discours et Identité : Comment les locuteurs construisent et négocient leur identité à travers le langage dans des interactions spécifiques. Cela inclut l'utilisation de styles de discours, de registres et de dialectes pour signaler l'appartenance à des groupes sociaux particuliers.
• Rôle du Contexte : L'importance du contexte immédiat, y compris l'environnement physique, la situation sociale et les connaissances partagées, dans l'interprétation et la production du langage.
En somme, pour Henri Boyer « Le pôle de la macro-sociolinguistique peut être défini comme celui de la sociolinguistique des institutions, de la structure sociale, des types de variations, des pratiques linguistiques de groupes. Le pôle micro-sociolinguistique concerne davantage les pratiques "à la base", les enjeux circonscrits à telle pratique de communication, à telle interaction entre deux ou plusieurs interlocuteurs. » (Boyer, 1996, p: 9-10).
Autrement dit la macro-sociolinguistique s’intéresse à la communauté linguistique dans son ensemble ou des relations intercommunautaires ; la micro-sociolinguistique s’intéresse aux interactions intérieures de groupes à l’identité bien circonscrite ou entre individu.
Variation sociolinguistique au sein d’une communauté linguistique ou d’un groupe
1. Fondements de la linguistique structurale
1.1. La linguistique structurale : des locuteurs en détresse.
Le point de départ des études saussuriennes était l'étude de la langue "pour elle-même" et en "elle-même", en insistant dans ce cas, sur son homogénéité et sur les locuteurs idéaux véhiculant la norme légitime. Alors, les structuralistes situent les locuteurs dans un contexte clos en renforçant la dimension sociale de l'individu et de ce fait, ils éliminent toute trace subjective des locuteurs. Dans son optique, De Saussure oppose la langue à la parole c'est-à dire, aux pratiques effectives qui ne sont que des mises en œuvre de la langue pratiquée par les locuteurs. En d'autres termes, ils tracent des frontières entre la linguistique et l'extralinguistique, entre la linguistique interne et la linguistique externe en négligeant l'influence de divers facteurs de type politique, culturel, social, géographique, militaire …etc., sur la langue pourtant ces facteurs ont laissé leurs traces sur l'évolution des langues, la naissance de nouveaux codes ou même l'extinction d'autres depuis longtemps et jusqu'aujourd'hui.
La linguistique structurale qui attribue à la langue son caractère abstrait et symbolique néglige des phénomènes linguistiques pesants issus de l'interaction et qui ont une relation interdépendante avec les pratiques langagières et de ce fait avec les locuteurs eux-mêmes. De Saussure, d'après sa théorie centrée sur la langue "partie sociale " du langage et qui se définit comme un système de signes utilisés selon certaines lois par une même communauté en constituant en quelques sorte un code alors que, la parole toujours individuelle n'est que l'utilisation de ce code, sa réalisation, un ensemble d'énoncés, de combinaison de signes ce qui veut dire que la parole est la matière et non plus l'objet de la linguistique, évoque l'idée de la politique de la langue officielle, la politique de l'unilinguisme où tous les locuteurs sont sensés de pratiquer la même norme, une seule norme légitime ce qui exclut la variation et l'hétérogénéité de la langue qui sont, sans aucun doute, une constitution fondatrice de toute communauté linguistique et où « l'homme n'est pas seulement sujet de la société, il en est aussi l'acteur et le créateur perpétuel (…) symétriquement, le locuteur n'est pas seulement sujet de la langue. Il la produit tout autant qu'il la réalise ou la reproduit, en faisant usage » (LE DU, J., LE BERRE, Y, 1996, p :66) . Le locuteur n'est jamais un simple émetteur mais un sujet parlant actif et dynamique dans la mesure où son rôle ne se limite pas à transmettre un message mais il le dépasse à l'usage qu'il fait de la langue et aux représentations qu'il attribue à cette dernière. Dans la même optique, P. Bourdieu trouve que « la langue saussurienne, ce code à la fois législatif et communicatif qui existe et subsiste en dehors de ses utilisateurs (« sujets-parlants ») et de ses utilisations (« parole »), a en fait toutes les propriétés communément reconnues à la langue officielle » (Bourdieu, 2004, P : 27)
1.2. La linguistique structurale : négligence de terrain
Selon la théorie saussurienne, l'étude se focalise sur la langue code et non pas sur les usages qu'en fait la masse sociale. Et, en séparant la synchronie de la diachronie, De Saussure sépare le changement linguistique des conditions extralinguistiques qui s'inscrivent au sein de la société et dans lesquelles est né et a évolué ce changement. Il limite les recherches linguistiques dans un cadre clos et restreint en refusant leur ouverture sur les autres disciplines qui prennent en charge l'histoire des langues ainsi que celle des locuteurs ; la linguistique structurale malgré qu'elle avoue le caractère social de la langue, elle ne le prend que dans une conception restrictive en s'inspirant des écrits de E. Durkeime, selon lesquels le social est "une masse" homogène et "inerte".
La théorie saussurienne ne saisit la langue qu'au niveau de la collectivité prise dans son ensemble où l'aspect social s'opère sur n'importe quel individu en négligeant les autres et l'aspect individuel ne s'observe que dans le contexte social. Autrement dit, le terrain où la langue est pratiquée par les individus, le terrain entant que lieu de conflit , de pression, de lutte, de différence est complètement négligé et transcendé; la langue saussurienne ne peut être saisie au niveau de l'interaction, au niveau des échanges entre les individus ni au niveau des entités sociales (groupes sociaux ou réseaux sociaux), elle n'est saisie que comme un "tout homogène" en limitant de cette façon sa conception qui a largement progressé au fil du temps après les différentes critiques portées à cette orientation théorique et méthodologique. Les structuralistes, d'après W. Labov
« ne s'occupent nullement de la vie sociale: ils travaillent dans leur bureau avec un ou deux informateurs, ou bien examinent ce qu'ils savent eux-mêmes de langue", ils " s'obstinent à rendre compte des faits linguistiques par d'autres faits linguistiques, et refusent toute explication fondée sur des données extérieurs tirées du comportement social » (Labov, 1976, P : 259).
2. Fondements de la sociolinguistique
2.1. Le terrain, lieu de naissance de la sociolinguistique
Quand on jette le premier regard sur l'ouvrage de L.J.Calvet Pour une écologie des langues du monde, des caractères chinois ornant sa couverture sont la première image qui attire l'attention et reste gravée dans la mémoire. Ces caractères représentent une citation de Mao Tse Tonng qui met l'accent sur le poids du terrain en disant « Qui n'a pas fait d'enquête n'a pas droit à la parole », ceci veut dire que les théories sur les langues ne naissent, n'émergent et ne se constituent qu'à partir d'enquêtes de terrain car les langues, malgré les valeurs et les images qu'on leur attribue , elles sont aussi des pratiques langagières au sein de la société qu'il faut aller écouter, décrire et comprendre dans leur contexte d'utilisation affirme L.J.Calvet.
A l’époque où l’enseignement de Ferdinand de Saussure posait, à Genève, les bases d’une l’linguistique ne prenant en compte que les structures internes de la langue, le français Antoine Meillet (1866-1936) insistait pour sa part sur les rapports entre la langue et la société, influencé dans cette approche par le sociologue Emile Durkheim. Dans son article « comment les mots changent de sens », A. Meillet met l’accent sur le caractère social de la langue.
Selon Meillet,
Le langage est donc éminemment un fait social. En effet, il entre exactement dans la définition qu'a proposée Durkheim ; une langue existe indépendamment de chacun des individus qui la parlent, et, bien qu'elle n'ait aucune réalité en dehors de la somme de ces individus, elle est cependant, de par sa généralité, extérieure à chacun d'eux : ce qui le montre, c'est qu'il ne dépend d'aucun d'eux de la changer et que toute déviation individuelle de l'usage provoque une réaction [...]. Les caractères d'extériorité à l'individu et de coercition par lesquels Durkheim définit le fait social apparaissent donc dans le langage avec la dernière évidence. (1965, p : 230)
Après la publication posthume du cours de linguistique générale, Meillet prend en effet nettement, ses distances par rapport à la pensée du Genevois. Il écrit ainsi dans son compte rendu du livre qu’« en s’éparant le changement linguistique des conditions extérieures dont il dépend, Ferdinand de Saussure le prive de réalité, il le réduit à une à une abstraction qui est nécessairement inexplicable » (1916, p : 166).
En fait, Meillet était en désaccord avec au moins une des dichotomies saussuriennes : celle qui distingue entre la synchronie et la diachronie et avec la première phrase du CLG (« la linguistique a pour unique et véritable objet la langue envisagée en elle-même et pour elle-même »). Selon Meillet cette définition de la langue comme fait social impliquait, sur le plan heuristique, une approche à la fois externe et interne des faits de langue ainsi qu’une approche synchronique et diachronique de ces mêmes faits. Pour Meillet on ne peut rien comprendre aux faits de langue sans faire référence à la diachronie, à l’histoire.
Si Saussure et Meillet utilisent presque la même formule : « la langue est un fait social», ils ne lui donnent pas le même sens. Pour Saussure, la langue est élaborée par la communauté, c’est en cela seulement qu’elle est sociale, alors que, nous l’avons vu, Meillet donne à la notion de fait social un caractère beaucoup plus précis et très durkheimien. Pour lui le caractère spécifique de la linguistique générale c’est son sociologisme. Il insiste à ce que le fait de langue soit expliqué par la vie des hommes dans la société.
Sous les termes « Fait social » et « Social », Meillet considère l’histoire comme le seul terrain sur lequel la linguistique peut devenir une science. Là où Meillet subordonne l’étude des langues en elles- même, à l’étude de leurs conditions sociales existant dans et par les variations et les changements, Saussure se refuse à la fois de considérer la langue comme un instrument social et la société comme une condition externe à la langue.
C’est sur la définition du fait social emprunté à Durkheim, « Du fait social extérieur à l’individu » que s’appuie A. Meillet, pour construire une théorie des causes historiques et sociale des changements des langues. C’est également sur la base d’une révision des postulats de la linguistique saussurienne que Labov (avec d’autres) va définir la perspective de la sociolinguistique.
Alors, c'est à partir du terrain que nous pouvons déceler le vrai statut, le poids, la valeur, le passé, le présent des langues et même prévoir leur avenir car, si les langues se valent linguistiquement, réellement, elles ne sont jamais égales ; elles obéissent toutes à une politique linguistique incarnant leur inégalité.
Alors, le premier devoir du linguiste, c'est de briser les entraves de l'étude de la langue en elle-même et pour elle-même et de s'ouvrir sur d'autres disciplines telles l'ethnologie, la sociologie et la psychologie. Il faut avoir un espace de liberté qui situe la langue dans son contexte réel où la société, le groupe et l'individu sont présents avec leur poids et leurs valeurs.
Ici, le langage doit être pris comme un moyen et non plus une fin, l'accent est mis sur plusieurs interrogations dont le linguiste doit répondre : qui parle ? À qui ? Où ? Quand ? Comment ? Pourquoi ? en d'autres termes, l'intérêt est mis sur les discours vivants lors de leur naissance. Tout ce qui précède montre que les critiques portées au structuralisme exhortent les linguistes à aller sur terrain pour recueillir les données constituant la base de leurs études, c'est cette idée insistant sur la dimension pragmatique du langage qui est développée à partir des années cinquante par les anthropologues avant de l'être par les sociolinguistes.
2.2. La variation linguistique, point du départ de la sociolinguistique
La prise de conscience de la variation linguistique a bouleversé le champ des études de la langue en rejetant le principe « d’homogénéité structurale et d’autonomie des systèmes linguistiques par rapport aux déterminations sociales » (Boyer,1996, P : 36) ; W. Labov qui porte un grand intérêt à la diversité linguistique, propose une nouvelle réflexion en s’appuyant sur une méthodologie d’approche qui « permet de lire avec précision l’incidence des interactions sociales sur la structure de la langue » ( Ibid, p : 36) . Autrement dit, le changement linguistique et les variations qui sont les conséquences d’une évolution sociale seraient parmi les explications données à la relation établie entre les faits linguistiques et les faits sociaux. Dès lors, ce qui détermine la variation dans la langue est extérieur à la langue, l’introduction des facteurs extralinguistiques (classe sociale, sexe, âge, habitat, race,…etc.), pour comprendre la pluralité et les divers phénomènes linguistiques, était le pas qui a enrichi le domaine de la sociolinguistique et a invité à un nouveau regard sur le langage en ouvrant la porte à « un structuralisme de la diversité, de la variation, qui sont des dimensions incontournables de la parole » ( Boyer, 2001,p : 11) . Il s’agit d’un itinéraire qui a repoussé les limites et les frontières des études précédentes en les débordant et en s’ouvrant sur les diverses disciplines : la sociologie, la géographie, la psychologie, la philosophie…etc. Avec le développement éblouissant de ce domaine d’études, plusieurs concepts empruntés à d’autres disciplines ont émergé et ont connu une évolution flagrante, de plus une diversité des méthodes de recherche sont devenues une nécessité.
2.3. Les types de variations
Dans son ouvrage Concepts de base (1997), Marie Louise Moreau distingue quatre types de variations en relation avec les enjeux qui ont contribué et qui contribuent à leur naissance.
2.3.1 La variation géographique (diatopique) :
Il s’agit d’associer un tel locuteur à une telle région géographique et elle est conçue comme un élément de différenciation important dans les études sociolinguistiques. L’accent est mis sur la variation lexicale, grammaticale, phonologique, phonétique mais aussi l’intérêt est accordé aux expressions et aux mots de certaines régions par rapport à la langue dominante considérée comme la langue de référence. M.L. Moreau parle de « régiolecte », ce concept désigne « la diversité des usages à l’intérieur d’une aire linguistique géographiquement circonscrite » (Bavoux, 1997.p : 236) , mais avec l’évolution des études, actuellement, on le conçoit comme « une langue à part entière, comme un système linguistique plus ou moins autonome, selon son degré de légitimité, par rapport à la variété centrale ou standard et non plus comme une liste de mots ou ensemble d’habitudes phonétiques » (Ibid,237) .
2.3.2 La variation sociale (diastratique)
W. Labov, dans ses études sur terrain à New York, à Marthas Vineyard ou encore à Harlem, il a lui fallu pénétrer dans la stratification sociale pour saisir la variation et l’expliquer. Il est question ici de l’appartenance à un milieu socioculturel, si l’on parle de la variation dialectale on parle également de variation sociolectale. Le locuteur choisit l’emploi d’une telle forme plutôt qu’une autre car il prend en considération son statut dans la société, « la variation sociale et stylistique présuppose que l’on peut choisir de dire la même chose de plusieurs façons différentes ». (Labov,1976, p : 366) Sur le même sujet, Bernstein (1975) parle de « code élaboré », un langage correct et formel réservé aux classes supérieures et de « code restreint », un langage public réservé aux classes « inférieures ». La distinction entre les deux codes est repérable dans les différences phoniques.
2.3.3 La variation situationnelle (diaphasique)
Moreau évoque, dans ce cas, l’emploi de différents « registres » ou « styles » influencés par le cadre formel ou moins formel du cadre d’énonciation. C. Baylon trouve que le sujet social est assimilé à un acteur amené dans le cours de la même journée, à remplir des rôles très divers : père de famille, enseignant, joueur de pelote basque, ; son répertoire verbal est le reflet de rôles » (Baylon,1996, p :10) . Alors, il s’agit des circonstances de l’acte de communication qui est un facteur important, dépendant de plusieurs critères : lieu, moments, objectifs communicatifs, statuts, positions des interlocuteurs, etc. Ce sont les diverses situations qui infligent un choix de style de parler au locuteur.
2.3.4 La variation historique (diachronique)
Elle s’intéresse aux états de langue sur l’axe du temps ; à son changement dont les locuteurs sont les auteurs inconscients de cette mouvance. Le locuteur fait son choix d’une norme plutôt qu’une autre, d’un tel usage parmi d’autres, ce choix s’étend à son réseau social, à son groupe puis à toute la communauté, dans ce cas, le changement apparaît.
D’autres variables qui ne manquent pas d’importance ont attiré l’attention de plusieurs sociolinguistes commençant par Labov, il s’agit des variables qui peuvent intervenir pour expliquer les variations linguistiques au sein de la communauté linguistique et nous citons le sexe, l’âge, la profession, la religion, …etc.
2.5. Domaines de la sociolinguistique
Henri Boyer (1991) énonçait le caractère multipolaire de la sociolinguistique. Il expliquait que la discipline appréhende au-delà des diverses approches et tendances qui la constituent actuellement, l’ensemble de l’activité langagière :
La ou les langues corrélée(s) à/aux société(s), les liens entre le/les discours et le/les textes, les rapports complexes entre le sujet (en tant que personne, en tant que sujet parlant) et les pratiques de communication, enfin les réciprocités quasi-dialectiques entre la part discursive des représentations (sociales entre autres) et la part d’efficacité qu’ont les discours représentant le réel (du point de vue du locuteur) à structurer les pratiques socio-langagières. (Bulot, 2011)
Entre territoire (les objets sociaux de la recherche intuitivement reconnus comme problématiques par les membres d’une société) et terrain (où se concrétise l’objet d’enquête), le sociolinguiste répond aux questions adressées à sa discipline par une intelligibilité sociale donnée au(x) phénomène(s) langagiers. (Bulot, 2011).
Dans ces écrits antérieurs à ceux de Henri Boyer, Jean-Baptiste Marcellesi rappelle les propos de Michael Halliday établissant 15 secteurs dans la sociolinguistique : « Aussi comprend-on que Halliday ait pu définir au XIe congrès des linguistes (1972) 15 secteurs dans la sociolinguistique :
1) macrosociologie du langage et démographie linguistique ;
2) diglossie, multilinguisme, multidialectalisme ;
3) planification, développement et standardisation linguistiques ;
4) phénomènes de pidginisation et de créolisation ;
5) dialectologie sociale et description des variétés non standard ;
6) sociolinguistique et éducation ;
7) ethnographie de la parole ;
8) registres et répertoires verbaux, passage d'un code à l'autre ;
9) facteurs sociaux du changement phonologique et grammatical ;
10) langage, socialisation et transmission culturelle ;
11) approches sociolinguistiques du développement linguistique de l'enfant ;
12) théories fonctionnelles du système linguistique ;
13) relativité linguistique ;
14) linguistique ethnométhodologique ;
15) théorie du texte. »
2.6. Les objets d’étude de la sociolinguistique
Les objets d’étude de la sociolinguistique sont variés et incluent :
- Les variations linguistiques (phonétiques, lexicales, syntaxiques) et leurs rapports aux facteurs sociaux.
- Les pratiques langagières en contexte communautaire ou institutionnel, y compris la langue dans les écoles, le travail, ou les interactions familiales.
- Les représentations et attitudes linguistiques, comme les préjugés envers certains accents ou langues.
- Les dynamiques de bilinguisme et de multilinguisme, incluant le code-switching et le choix de langues en fonction des interlocuteurs.
- L’analyse du discours pour comprendre comment le langage construit des significations idéologiques dans les médias, la politique ou d'autres sphères de la société.
- Les politiques linguistiques et leurs impacts sur les groupes linguistiques minoritaires.
La sociolinguistique, par ces concepts et objets d’étude, ouvre ainsi un champ d’analyse où le langage est à la fois un moyen de communication et un reflet des structures, des tensions et des transformations de la société.
2.7. La macro-sociolinguistique / La micro-sociolinguistique
La macro-sociolinguistique est une branche de la sociolinguistique qui étudie les phénomènes linguistiques à une échelle plus large, souvent au niveau de la société dans son ensemble. Elle se concentre sur les relations entre la langue et la société et aux dynamiques sociales qui influencent l'évolution et l'utilisation des langues dans des contextes variés en examinant des questions comme le bilinguisme, le plurilinguisme, la diglossie, les politiques linguistiques, et les attitudes linguistiques.
• Bilinguisme et Plurilinguisme : L'étude de l'utilisation de deux ou plusieurs langues au sein d'une même communauté ou par un même individu.
• Politique Linguistique : Les stratégies et décisions gouvernementales ou institutionnelles visant à réguler l'utilisation des langues.
• Planification Linguistique : Les efforts pour influencer la structure (codification), l'acquisition (éducation) et la diffusion (usage) des langues.
• Diglossie : Situation où deux variétés d'une langue coexistent dans une communauté avec des fonctions sociales distinctes (par exemple, une langue utilisée pour les contextes formels et une autre pour les contextes informels).
• Attitudes Linguistiques : Les perceptions, croyances et réactions des individus et des groupes face à différentes langues ou dialectes.
La micro-sociolinguistique est une branche de la sociolinguistique qui se concentre sur l'étude des interactions linguistiques à petite échelle, souvent au niveau des conversations individuelles ou des petits groupes. Elle est cruciale pour comprendre les nuances des interactions quotidiennes et comment le langage fonctionne dans des contextes sociaux réels.
Analyse de la Conversation : L'étude détaillée des échanges verbaux, y compris les tours de parole, les interruptions, les chevauchements et les silences. Cette analyse aide à comprendre comment les personnes organisent et gèrent leurs interactions verbales.
• Pragmatique : La manière dont les locuteurs utilisent le langage pour accomplir des actions dans des contextes spécifiques, comme poser des questions, donner des ordres, faire des promesses, etc.
• Politesse Linguistique : Les stratégies utilisées par les locuteurs pour montrer de la courtoisie, éviter l'offense et maintenir des relations harmonieuses. Par exemple, les formules de politesse, les atténuations, et les stratégies d'évitement.
• Discours et Identité : Comment les locuteurs construisent et négocient leur identité à travers le langage dans des interactions spécifiques. Cela inclut l'utilisation de styles de discours, de registres et de dialectes pour signaler l'appartenance à des groupes sociaux particuliers.
• Rôle du Contexte : L'importance du contexte immédiat, y compris l'environnement physique, la situation sociale et les connaissances partagées, dans l'interprétation et la production du langage.
En somme, pour Henri Boyer « Le pôle de la macro-sociolinguistique peut être défini comme celui de la sociolinguistique des institutions, de la structure sociale, des types de variations, des pratiques linguistiques de groupes. Le pôle micro-sociolinguistique concerne davantage les pratiques "à la base", les enjeux circonscrits à telle pratique de communication, à telle interaction entre deux ou plusieurs interlocuteurs. » (Boyer, 1996, p: 9-10).
Autrement dit la macro-sociolinguistique s’intéresse à la communauté linguistique dans son ensemble ou des relations intercommunautaires ; la micro-sociolinguistique s’intéresse aux interactions intérieures de groupes à l’identité bien circonscrite ou entre individu.